Thème et enjeux :
Le thème proposé pour l’Université d’été 2007 porte sur le concept d’espace et le regain d’intérêt que connaît ce concept dans les domaines de la philosophie, des arts, et des sciences humaines. Depuis plusieurs années, en effet, la notion d’un « tournant spatial » est mise en avant dans plusieurs secteurs de la culture artistique et savante contemporaine. De manière générale, les problématiques spatiales sont aujourd’hui revisitées et mises en œuvre - et la géographie convoquée comme un type de savoir pouvant procurer concepts et méthodes d’investigation - aussi bien par exemple dans l’histoire de l’art, dans la recherche sur les formes et les contextes de la production des savoirs scientifiques, dans la pensée philosophique, ou encore dans la réflexion politique.
Ainsi, on s’interroge sur les rapports qui se développent entre, d’une part, les exercices de la pensée et de la connaissance et, d’autre part, les lieux (institutionnels) et les espaces (matériels et symboliques) au sein desquels ces exercices sont déployés. On s’interroge, en outre, sur les formes spécifiques de spatialité que mettent en œuvre (et qui sont produites par) les opérations de la pensée et de la connaissance. On analyse, enfin, l’impact de la prise en compte de la dimension de l’espace dans la réflexion sur les conditions et les fins de l’action politique.
Mais de quel espace s’agit-il, dans chacun de ces domaines ? Quelles conceptions de la spatialité y sont-elles engagées ? En quoi la référence à l’espace apporte-t-elle quelque chose de nouveau et de spécifique aux interrogations qui viennent d’être esquissées ?
L’objectif de cette Université d’été serait de contribuer à une clarification de ces questions : quels sont les contenus conceptuels engagés par cette référence à l’espace ? Et quelles en sont les conséquences méthodologiques et problématiques ? Y a-t-il des rencontres possibles (ou non) entre les cultures artistique, philosophique et savante qui mobilisent cette référence ? Plus généralement, il s’agirait, au cours de cette Université d’été, d’indiquer en quoi et comment le concept d’espace est « au travail » dans ces différents secteurs de la culture contemporaine. Mais, en retour, l’objectif est de mesurer en quoi ces multiples implications du concept d’espace conduisent à en approfondir et à en modifier la compréhension. Comment, finalement, est-il possible de penser l’espace aujourd’hui ? Dans quelles conditions, théoriques et pratiques ? Et avec quelles répercussions ?
Méthode :
Il ne s’agit pas de suivre ici l’idée d’un concept englobant de la spatialité : au contraire on s’aperçoit que le concept d’espace doit être assoupli et diversifié, aussi bien sur le plan épistémologique que sur le plan ontologique. En d’autres termes, on part de l’hypothèse qu’il n’existe pas un modèle unique de la spatialité dont seraient dérivés les autres types de spatialités, mais qu’au contraire le concept d’espace renvoie à une histoire différenciée ainsi qu’à des usages variés selon les disciplines et les domaines de la culture où il a été mobilisé (de l’architecture à la géométrie, de la psychologie à la philosophie politique, etc.). Cette Université d’été possède par principe une vocation pluridisciplinaire, et, précisément, cherchera à installer un cadre de réflexion commun entre la philosophie, les sciences humaines, et la théorie de l’art.
On s’efforcera, par conséquent, de suivre le concept d’espace dans la diversité de ces histoires et de ces usages (disciplinaires ou non), mais aussi de travailler à la confrontation de ces perspectives. Au bout du compte, l’hypothèse de travail de cette Université d’été est qu’il serait possible de faire apparaître des points de rencontre, de tension, et de passages, entre ces différents usages culturels et scientifiques de la référence spatiale.
Ajoutons une chose : l’Université d’été n’est pas un colloque. Elle doit donc s’efforcer de concilier deux exigences : d’une part rassembler des contributions actualisées par rapport à l’état contemporain de la recherche sur la question ; mais d’autre part avoir toujours comme objectif l’ambition de formation, et donc de médiation, qui est constitutive de l’esprit de ces rencontres annuelles d’enseignants, chercheurs, et étudiants provenant d’horizons intellectuels et géographiques très différents.